Environnement au Sud-Kivu : des chercheurs d'or pollueurs. Qui va payer?

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Il y a entre autres, la Société BANRO mining, une entreprise canadienne d’exploration, de développement et d’exploitations des mines à l’Est de la RDC. Cette compagnie y a acquis quatre propriétés exclusives des mines d’or le long de la ceinture aurifère de 210 km de Twangiza à Namoya. La superficie totale des quatre propriétés de là-bas dépasse 2600 kilomètres carrés. Au Sud-Kivu c’est à : Twangiza, Kamituga et Lugushwa. Au Maniema c’est à Namoya.

Exploitations minières : ouvrir la soupape et éviter l’explosion

La mise en marche de l’exploitation de la mine de Twangiza a provoqué le déplacement forcé des communautés des terres de leurs ancêtres afin de laisser la BANRO mining exploiter l’or de leurs villages. A Luhwinja, BANRO a promis des indemnisations aux villageois du rayon d’action de cette mine et aux orpailleurs artisanaux contraints de s’installer dans les sites de relocation au village voisin de Cinjira. La société minière s’est engagé de leur construire de nouvelles maisons, de donner de l’eau potable et de l’électricité à la population, du travail, de construire des écoles, des ponts et une route Bukavu – Namoya passant par Twangiza. 


Dans les villages de Luhwinja et de Burhinyi en territoire de Mwenga, plus de 800 familles (+5100 personnes) ont bénéficient de nouvelles maisons de 20 m² chacune. Mais, ces maisons sont très petites pour des ménages d’une moyenne de 8 personnes. De plus, elles ne résistent pas aux pluies. Selon BANRO, elle a gracieusement indemnisé les familles qui remplissaient ses conditions. Malgré cela, la faim et le chômage ont envahis cette communauté d’agriculteurs et les éleveurs qui n’ont plus accès à leurs terres de culture ni aux pâturages. Dans les villages de relocalisation, on voit naître des mésententes et des mécontentements des natifs, non éligibles aux indemnisations de BANRO mining. 

Par ailleurs, la réalisation de la route BANRO est forte appréciée. Elle facilite la circulation de tous, y compris des gardiens de troupeaux de vaches. Les jours de marché, on peut assister à un ballet de centaines de vaches en sécurité, circulant sans crainte vers la forêt, semble-t-il. Pourquoi les autorités et la MONUSCO laissent-ils faire alors qu’ils sont au courant que c’est là où vivent des groupes armés? Les Congolais posent cette question mais ne donnent pas de réponse.

Exploitations minières ‘super’ modernes

 
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Pour extraire l’or, BANRO utilise du cyanure rejeté dans la rivière qui traverse sa concession. Depuis le début de ses opérations, cette eau est devenue impropre à la consommation et à l’usage de tous les utilisateurs. La pollution de l'eau des sites de relocation des populations de Cinjira à Luwinja fut dénoncée par APRODEPED (Action pour la promotion et la Défense des Droits des Personnes Défavorisées), partenaire de la FONCABA, au cours des plaidoiries en faveur des cas documentés par des partenaires du Sud-Kivu. Suite à cela, BANRO a construit des bornes fontaines d’eau potable pour la population. Mais le problème environnemental n’est pas pour autant résolu. Aujourd’hui, la pollution continue dans des villages éloignés du rayon d’action de la mine de Twangiza et qui utilisent l’eau de la rivière qui traverse la concession. 


 
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Les populations villageoises concernées ne consomment plus l’eau de cette rivière et n’y abreuvent plus leurs bêtes. Elles sont aujourd’hui obligées d’aller à plus de 10 kilomètres pour trouver de l’eau. Les autorités font la sourde oreille. Les villageois se retrouvent sans défense. Leur inquiétude grandit. Le risque d’embrasement aussi. Les communautés perdent confiance dans l’autorité coutumière locale. Des activistes membres de la société civile locale dénoncent ces violations des droits fondamentaux des villageois par BANRO Mining au péril des poursuites ou des intimidations et des arrestations. Du côté de Twangiza, trois membres des groupes de base du partenaire Juste Cause Congo sur place en ont fait les frais. Ils ont été emprisonnés avec pour motif d’« avoir sensibilisé des familles de Luwinja de refuser l'indemnisation proposée par la société BANRO mining ».

Des bénéfices gigantesques des méga exploitations minières: à quel prix écologique et de santé publique?
Le geste de BANRO mining est loin de résoudre les problèmes environnementaux. BANRO utilise aussi des méthodes d'exploitation qui dénaturent très sérieusement les paysages du Sud-Kivu.

Pour tamiser touts les minerais du sol, BANRO utilise des méthodes modernes qui laissent des images effrayantes de l’environnement du futur. Au début de 2012 sur la route BANRO, à la frontière du territoire Kaziba et Walungu, des Congolais font de l’humour sur ‘avant-goût de BANRO cadastre-désastre’ ou ‘les contemplations de l’héritage BANRO’. En 2020, le Sud Kivu montrera des paysages sans vie.

Même si BANRO est un opérateur économique et employeur important dans la région, il persiste des indices sérieux de conflits latents. Lire l’analyse: Gestion des ressources naturelles: forêts et mines


Continuer le lobbying et le plaidoyer

Dans cette situation critique marquée par l’effacement total de l’autorité qui devrait ramener Banro mining à l’ordre, les partenaires de la FONCABA au sein de la société civile ne baissent pas les bras, malgré ses faibles moyens. Dans le cadre du projet de participation citoyenne et construction de la paix au Sud Kivu, APRODEPED a réalisé des plaidoyers auprès du Ministre de la Justice et du Procureur général pour que ces autorités prennent des

 
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mesures qui s’imposent en faveur de la population de Luhwinja et pour le respect de l’environnement au Sud-Kivu. JCC a rencontré le Chef de Chefferie de Burhinyi, le Secrétaire du Chef de Chefferie de Luhwinja et le Chef de Poste d'encadrement administratif pour ces cas. Il a rencontré les familles à leurs domiciles ainsi que dans les bureaux des chefs locaux. Les échanges sur les conditions des familles des zones minières ont abouti à la mise en place d’un cadre d’échanges permanent entre différentes parties concernées. 

A travers ses bandes dessinées Katu et Sawa, JCC a aussi dénoncé cette atteinte aux droits humains et la pollution de l’environnement perpétré par  Banro Mining cause à la population tout en proposant des mesures appropriées. Ces bandes dessinées sont d’abord destinées à la population villageoise, à majorité analphabète afin de les informer et les sensibiliser aux critiques sociopolitiques. 

Les chefs de groupement et autorités traditionnelles et politico administratives des  chefferies travaillent en collaboration avec des organisations de la société civile, des services étatiques d’Agriculture, de Pêche et d’élevage. 

Extrait du rapport final du projet Participation citoyenne et construction de la paix au Sud Kivu
(FONCABA 2013)